Éditorial

Psychotherapie-Wissenschaft 10 (2) 7–8 2020

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https://doi.org/10.30820/1664-9583-2020-2-7

Les maladies dépressives ont augmenté dans le monde entier ces dernières années. L’OMS suppose qu’elles constitueront la deuxième maladie la plus répandue en 2020. Alors qu’elles étaient auparavant considérées comme facilement traitables, il devient maintenant évident que de nombreuses dépressions graves peuvent devenir chroniques et que le nombre de dépressions chroniques augmente. Ce fut une raison suffisante pour que nous produisions une brochure sur le thème de la thérapie de processus dépressifs, dans laquelle le sujet est éclairé de diverses manières, de la recherche actuelle à la présentation d’approches thérapeutiques spéciales.

Marianne Leuzinger-Bohleber présente l’étude LAC (étude à long terme des dépressions chroniques), dans laquelle les déroulements des traitements psychanalytiques à long terme et ceux de la thérapie cognitivo-comportementale ont été examinés et comparés. Les deux méthodes se sont avérées efficaces. Aucune différence statistiquement significative entre les méthodes n’a pu être constatée en termes de réduction des symptômes. De même, il n’y a pas eu de différences de résultats lorsque l’on compare le groupe avec la distribution aléatoire des patients par rapport au groupe dans lequel ces derniers ont été traités avec la thérapie souhaitée. Ce résultat est surprenant, car la thérapie cognitivo-comportementale s’est avérée supérieure aux méthodes de traitement psychanalytique. Il a également été démontré qu’après trois ans, les symptômes dépressifs diminuaient de manière plus significative chez les patients qui présentaient les plus grands changements structurels. Ces patients avaient été traités avec des méthodes psychanalytiques.

Stefan Müters, Lars E. Kroll, Julia Thom et Jens Hoebel ont étudié, dans le cadre de l’étude DEGS1_MH (Étude sur la santé des adultes en Allemagne), l’importance des facteurs sociaux pour le développement et le déroulement des troubles dépressifs. Plus précisément, ils se sont limités à l’effet de l’expérience du chômage et du soutien social en ce qui concerne les troubles dépressifs. Les femmes et les hommes ayant une expérience du chômage sont environ deux fois plus susceptibles d’être touchés par la dépression que ceux qui ont occupé un emploi sans expérience du chômage au cours des cinq dernières années. Les analyses soulignent l’importance des ressources sociales dans la relation entre le chômage et la dépression.

Gianni Francesetti et Jan Roubal décrivent une approche thérapeutique de la Gestalt pour comprendre et traiter les expériences dépressives. Ils poursuivent une approche dialogique radicale et comprennent les expériences dépressives comme étant co-créées dans les relations d’un système social. La situation thérapeutique montre comment la communication conduit à une expérience dépressive qui affecte à la fois le patient et le thérapeute. La discussion de ce phénomène offre la possibilité à la thérapie de rompre ensemble le schéma dépressif. Cet article est reproduit dans l’original anglais ainsi que dans la traduction allemande.

Günter Schiepek présente les résultats de diverses études sur la dépression menées à l’Institut de recherche sur la synergie et la psychothérapie de Salzbourg. Contrairement à l’approche des procédures de thérapie manuelle, il préfère une psychothérapie personnalisée. Il considère les processus dépressifs comme des processus systémiques pour lesquels certains modèles émergent dans la recherche. Les transitions d’ordre montrent une instabilité critique, qui est prédictive d’un meilleur succès thérapeutique. Son groupe de recherche a développé une application spéciale qui permet de mesurer quotidiennement l’état de santé. En plus des améliorations cliniques, l’existence de changements dans la dynamique de la connectivité fonctionnelle des réseaux neuronaux ont pu être démontrés. Enfin, l’auteur explique la possibilité de combiner la stimulation non invasive de l’activité cérébrale avec la psychothérapie.

Holger Himmighoffen et Heinz Böker présentent la électroconvulsivothérapie (ECT) dans le cadre d’un traitement multimodal des troubles dépressifs. Cette méthode était connue sous le nom de thérapie par électrochocs et a été discréditée en raison de ses graves effets secondaires. Les auteurs décrivent l’ECT actuelle comme une méthode ayant relativement peu d’effets secondaires à long terme, qui a sa place utile dans les processus thérapeutiques chroniques où ni la psychothérapie ni la pharmacothérapie ne peuvent aider. À cette fin, ils présentent des résultats de recherche. La TEC n’est pas une psychothérapie, mais une thérapie biologique et médicale. Les auteurs montrent comment la psychothérapie et l’ECT peuvent se compléter. La rédaction publie cet article parce qu’elle considère qu’il est pertinent que les psychothérapeutes sachent que l’ECT est régulièrement pratiquée dans certains hôpitaux psychiatriques suisses. En dehors des cliniques, il n’y a guère de rapports et de discussions publiques à ce sujet. Nous serons heureux d’inclure toute réaction et contribution à la discussion dans un prochain numéro afin de fournir une plateforme pour un débat bien fondé sur l’ECT.

Comme toujours, la section thématique se termine par une contribution de Paolo Migone avec des références et des résumés de la revue Psicoterapia e Scienze Umane.

Dans le numéro 2-2019, Kurt Greiner et Gerhard Burda ont commenté une contribution de Markus Erismann sur le concept de science dans la science de la psychothérapie. Markus Erismann a maintenant rédigé une réponse, que nous publions sous la rubrique « Débat ». Cette discussion a été expressément réclamée par les rédacteurs du magazine de l’époque, Rosmarie Barwinski et Mario Schlegel. Nous serions également heureux de publier d’autres contributions de nos lecteurs dans les prochains numéros.

La contribution de Gerhard Burda intitulée « média et médiat dans la psychothérapie et la science de la psychothérapie. » Le texte compare une approche rigide et dynamique de la réalité en utilisant les deux termes de médiat et média. Les médias ne sont pas compris comme des êtres ou des identités, mais comme des autodifférences ou des relations de connexion et de séparation dans un sens ontologique. Selon cette vision médialiste, notre (nos) réalité(s) provient (proviennent) du fait que les médias autodifférenciés se médiatisent en permanence les uns les autres. Des exemples de psychothérapie illustrent la manière dont le processus de changement englobe les aspects inter- et intrapsychiques. L’idée que le concept des médias peut servir de parenthèse pour toutes les formes de psychothérapie est poursuivie dans le sens de la science de la psychothérapie.

Plusieurs critiques de livres complètent ce numéro. Nous vous souhaitons une lecture inspirée !

Rosmarie Barwinski & Peter Schulthess

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