Psychothérapie psychanalytique avec des musulmans(es) de Suisse

Situations conflictuelles psychiques internes dans le contexte de religiosité musulmane

Katrin Hartmann

Psychotherapie-Wissenschaft 9 (1) 38 2019

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CC BY-NC-ND

https://doi.org/10.30820/1664-9583-2019-1-38

Mots-clés : Psychanalyse, psychothérapie psychanalytique, musulmanes et musulmans, Islam, migration, vignettes de cas psychanalytiques, Suisse

La question du rapport entre la religiosité islamique, l’identité musulmane et les processus de psychothérapie psychanalytique semble paradoxale. Une appropriation décisive de la psychanalyse n’a eu lieu dans aucun pays islamique jusque vers la fin du 20e siècle. La psychanalyse est restée dans le monde islamique jusqu’à aujourd’hui un phénomène marginal : Des études décrivent que l’Islam et la psychanalyse sont en conflit : Les musulmans(es) bénéficient rarement de la méthode psychothérapeutique génératrice de discernement, car dans les sociétés islamiques, il existe une conception de l’homme moins individualiste et des inhibitions de communication liées au statut. De plus, les autorévélations sont socialement moins acceptées et on rechigne à s’occuper de la vie intérieure psychiquement autonome d’un individu avec ses désirs et ses conflits psychiques internes. Les psychothérapies dans le contexte islamique visent essentiellement à mieux correspondre aux rôles sociaux attendus. L’accent psychothérapeutique repose sur les interdépendances avec les normes et les règles de la communauté. L’Égypte est une exception, il y a eu dans les années 30 aux années 60 une phase vivante et dynamique de la pratique psychanalytique ainsi qu’une phase d’accueil et de confrontation théorique avec la psychanalyse.

Ces constatations sont transmissibles en partie seulement aux quelque 360 000 musulmans(es) de Suisse. Pour eux, le défi est que leur religion islamique est considérée comme un corps étranger socioculturel qui ne s’intègre pas dans le système sociétal occidental : L’Islam peut exister en Suisse, mais il ne fait pas vraiment partie de la Suisse. Ce qui contraint en ce sens les musulmans(es) à devoir trouver leur propre position à ce sujet : Sommes-nous effectivement les « autres » musulmans et quand cela joue-t-il pour nous un rôle et de quelle manière ? Il est clair que la population musulmane de Suisse fait partie le plus souvent des couches les plus pauvres avec un faible niveau de formation, ce qui limite les possibilités professionnelles et les opportunités de revenus. Elle est fragmentée en de nombreux petits groupes et organisations religieux et séculaires qui n’ont que peu d’influence politique. Les musulmans(es) ont migré en général à la suite à un exil ou pour rechercher un travail en Suisse. Étant donné leur hétérogénéité, leurs expériences migratoires et leurs marginalisations tendancielles, leur point commun est qu’ils sont remis en question dans leur identité religieuse en raison de l’abomination d’un Islam problématique.

Pour la pratique psychothérapeutique et psychanalytique dans le pays, il est important de ne pas simplement supposer que l’Islam prend une dimension importante dans la vie de tous(es) les musulmans(es). Il n’existe pas de rapprochement monolithique vers la psyché musulmane, même si la tradition et la normativité islamiques sont des facteurs influents essentiels, mais différents pour chaque individu musulman. Afin qu’une psychothérapie avec des patients(es) musulmans(es) puisse réussir, un processus commun doit se mettre en place entre le psychothérapeute et le/la patient(e) qui semblent familiers ou étrangers en raison de leur appartenance socioculturelle différente et de leur connaissance spécifique à la culture. Le démarrage d’une psychothérapie psychanalytique signifie donc souvent d’inciter les patients(es) à jeter un pont vers quelque chose d’inconnu. Trois vignettes thérapeutiques avec des migrants(es) musulmans(es) démontrent par exemple comment cela peut réussir, autrement que dans des sociétés islamiques où la méthode thérapeutique par la psychanalyse n’est pas totalement efficace. Les patients(es) présentés(es) venaient d’Afghanistan, d’Algérie et d’Érythrée. L’article décrit leurs processus psychothérapeutiques face aux interactions de maux psychopathologiques, de conflits internes psychiques et de situations externes de vie dans le contexte de la religiosité individuelle musulmane.

L’auteure

Katrin Hartmann, Dr. sc. soc., MSc, lic. phil. I, psychothérapeute psychanalytique et sociologue, travaille sur le plan psychothérapeutique dans le centre interdisciplinaire de santé psychique Sollievo ainsi que dans son propre cabinet à Berne. Elle est membre de la Commission scientifique de l’ASP et a fait sa thèse à l’Université de Genève sur la psychanalyse au Liban.

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