Le village global – une contradiction

Réflexions transculturelles d’un hôte dans le domaine psychiatrique et psychothérapeutique

Andreas Weichselbraun

Psychotherapie-Wissenschaft 8 (2) 38–39 2018

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CC BY-NC-ND

https://doi.org/10.30820/8243.06

Mots-clés : Psychothérapie transculturelle, langue étrangère, compétences fondamentales, EAP, compétence spécifique, EAGT

 

Après la chute du Rideau de fer, l’Europe fut marquée au début du 20e siècle d’un sentiment d’optimisme et d’ouverture. Ce qui relie a été positionné au-dessus de ce qui sépare. Avec le lancement des flux migratoires, un refus suspicieux de « l’Autre » est progressivement instauré. Dans ce contexte, il semble nécessaire en tant que groupe professionnel de se poser la question sur ce que nous pensons de l’étrangeté et l’exotisme, comment nous les gérons.

Lors d’une brève rencontre au « Towards Transcultural Histories of Psychotherapies » à Londres, il a été débattu en 2016 que la psychothérapie est certes un produit d’exportation culturelle, mais que cette exportation était toujours, comme conséquence d’une interrelation réciproque, soumise aux réalités locales du pays-cible. J’ai vécu de première main les défis inhérents à ce processus d’adaptation culturel dans le cadre du déplacement de mon activité professionnelle dans le domaine psychiatrique et psychothérapeutique de l’Autriche vers le nord de l’Angleterre. À cette occasion, j’ai dû découvrir que même en Europe, il n’est pas possible de supposer un contexte culturel commun et que le terme de village global est une anomalie.

Le travail dans une langue étrangère dans le domaine psychosocial a déclenché chez moi un sentiment « d’étrangeté », comparable à un sentiment de rejet à un niveau antérieur de compétence professionnelle. Mis au défi par la situation, je me suis souvenu du travail d’Alfred Korzybski, un sémanticien qui a contribué à la notion fondamentale de la gestalt-thérapie dans les premières phases de la formation de la théorie. Il suppose que des termes linguistiques sont reliés à des « réactions sémantiques » qui selon moi, ne peuvent pas être transmises dans une autre langue et qui contribuent donc au sentiment décrit d’étrangeté, comme si nous nous déplacions en permanence entre les lignes du « dit ». Seul un état de conscience linguistique renouvelé et donc également culturel nous permet d’entrer à nouveau en contact avec l’Autre de la personne qui nous fait face et avec la situation. Dans ce contexte, les théories de Korzybski qu’il a démontré dans son œuvre Science and Sanity : An Introduction to Non-Aristotelian Thinking and General Semantics peuvent contribuer à l’(auto)-diagnostic dans le processus psychothérapeutique.

Il en résulte que l’état de conscience culturel doit être une préoccupation majeure concernant la compétence psychothérapeutique à acquérir, comme l’ont décrit dans des documents exhaustifs à la fois l’European Association for Psychotherapy (EAP) d’une manière générale et l’European Association for Gestalt Therapy (EAGT) d’une manière spéciale et spécifique aux modalités. À cet égard, une attention particulière est accordée dans cet article aux descriptions de compétences psychothérapeutiques de l’EAGT.

Les compétences spéciales en matière de sensibilité ethnique et culturelle telles qu’elles sont décrites dans le domaine 10 du document de l’EAGT représentent entre autres un lien entre la compréhension culturelle et le comportement ethnique. La différence entre l’éthique de principe et l’éthique de la vertu est abordée sur la façon dont elle joue un rôle dans la compréhension d’exemples de cas mentionnés dans l’article concernant deux couples pakistanais. On exprime ce que nous pensons de telles images de valeur, en particulier de l’empreinte conservatrice, images qui semblent contester les représentations personnelles d’égalité des sexes, d’individualité et de décision libre, définies par des prescriptions religieuses, et comment nous gérons de tels conflits intérieurs à un niveau individuel, orienté vers le client et à un niveau so­ciopolitique.

Dans un cas particulier, nous sommes tenus envers l’individu de trouver, dans la thérapie, à la lumière de l’éthique de vertu, une autorégulation organismique en gardant bien à l’esprit quelques sont les conditions-cadres culturelles pouvant avoir pour effet une interruption de cette autorégulation.

Dans différents écrits, Paul Parin, Goldy Parin-Matthey tout comme Umberto Eco ont souligné les processus sinistres projectifs dans la gestion avec l’Étranger, l’Autre, procédés qui servent le plus souvent à mieux définir, à consolider son propre moi. Umberto Eco va même plus loin en parlant de la fabrication d’un ennemi. En tant que psychothérapeutes, nous courons le risque de céder à ces processus chargés de préjugés, similaires aux « réactions sémantiques », si nous ne nous confrontons pas activement à nos propres racines culturelles et ne développons pas également une ouverture à l’autre.

En tenant compte de tels développements populistes politiques, un rôle significatif revient aux psychothérapeutes de contribuer à un niveau sociétal d’un état de conscience nuancé culturel. Et le document de l’EAGT est ici un rappel judicieux de faire face à ces défis au sens du développement continu critique sur le plan professionnel et social.

L’auteur

Andreas Weichselbraun, Dr. med. univ., MRCPsych, est né à Villach, Autriche. Au terme de ses études en médecine à la Faculté de médecine de l’Université de Vienne, il a été formé, en plus d’une formation continue de médecin spécialiste en psychiatrie et neurologie, à la gestalt-thérapie. Au fil des années, il a acquis une vaste expérience à la fois dans des cabinets privés et dans le secteur public de la santé en tant que psychiatre et psychothérapeute. Depuis 15 ans, il travaille au National Health Service en Grande-Bretagne et comme correcteur à l’Université de Sheffield. Déjà pendant ses années de formation en gestalt-thérapie, il a développé un intérêt pour l’usage et la signification de la langue dans la psychothérapie, tout comme pour le diagnostic dans la gestalt-thérapie. Il a rédigé de nombreux articles sur des sujets médicaux, en lien avec la formation et psychothérapeutiques. Entre 2010 et 2013, il fut membre de la rédaction de la revue Gestalttherapie. Il est membre de l’European Association for Gestalt Therapy (EAGT).

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Consultant Psychiatrist-Home Treatment

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Sheffield S5 8BE

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