Psychotherapie-Wissenschaft 15 (1) 2025 7–8
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Dans le large éventail de techniques et d’approches psychothérapeutiques, un élément transparaît comme étant indispensable : la relation thérapeutique. Ce lien unique qui unit le ou la thérapeute à son ou sa client(e) est bien plus que le canal qui permet de transmettre outils et savoir. Ce lien est le véritable moteur de la transformation. Le potentiel transformateur de toute thérapie réside dans la qualité de cette relation.
La relation thérapeutique est bien plus qu’un simple espace d’écoute : il s’agit d’une rencontre authentique qui se forme sur la confiance, l’empathie et l’authenticité. C’est bel et bien cette relation qui fait de la psychothérapie à la fois un art et une science, la transcendance d’une rencontre qui a le pouvoir de transformer la douleur en croissance et la vulnérabilité en force. Depuis plusieurs décennies, après le tournant intersubjectif, les chaires de recherche en psychothérapie du monde entier étudient de manière approfondie la manière de mesurer ce type particulier de relation, même si leur nombre ne cesse de diminuer. L’intérêt scientifique se porte de plus en plus sur des facteurs qui influençaient peu le traitement auparavant, tels que les psychothérapeutes traitants eux-mêmes et les formes non verbales subtiles et souvent à peine perceptibles de la conduite de l’entretien. C’est de ces facteurs et de leur importance pour la création d’alliances et de relations dans la relation psychothérapeutique qu’il sera question dans ce dernier numéro de Science Psychothérapeutique publié par l’ASP en tant qu’association professionnelle.
Dans leur article, Christian Wachter et Henriette Löffler-Stastka décrivent, à l’aide d’une étude de cas claire, comment les processus inter- et intrapsychiques chez les patients et les psychothérapeutes, représentés par les processus de communication affective non verbale pendant la séance de thérapie, se conditionnent mutuellement. Ce faisant, ils montrent de manière impressionnante comment les processus d’échange conscients et inconscients dialoguent entre eux au sein du thérapeute de l’exemple de cas, jusqu’à ce qu’une interprétation soit possible sur la base d’une analyse précise de la dynamique de transfert et de contre-transfert au sein de la dyade thérapeutique, ce qui fait avancer positivement le processus thérapeutique.
Lea-Sophie Richter met quant à elle dans son article le facteur psychothérapeute à jour, qui contribue de manière essentielle à la construction d’une alliance thérapeutique et à un résultat thérapeutique positif via des comportements non verbaux. Sa revue littéraire montre comment ce facteur a évolué et continue d’évoluer avec la modernisation de la psychothérapie par la téléthérapie et les offres en ligne, et comment la communication non verbale du ou de la psychothérapeute peut continuer à consolider la relation avec le ou la patient(e).
Dans leur article, Martin Steppan et Marc Birkhölzer donnent un aperçu des possibilités offertes par l’intelligence artificielle pour étudier les processus intersubjectifs, en l’occurrence les processus non verbaux chez les patient(e)s et les psychothérapeutes. Outre les opportunités d’avenir que représente l’analyse de la communication non verbale en temps réel, les auteurs attirent également l’attention sur les nouveaux défis et paramètres que l’IA apporte à une discipline marquée par le silence.
Dans leur travail original, Nada Kojovic et Marie Schaer examinent les implications des dernières découvertes en neurosciences et décrivent comment les théories émergentes, telles que celle de la diminution de la motivation sociale, contribuent à expliquer l’origine des difficultés sociales et cognitives chez les enfants atteints de TSA. Ce faisant, elles ne se limitent pas à la théorie, mais analysent en profondeur les anciennes pratiques telles que le Early Start Denver Model (ESDM). Leur article met également en avant le contexte suisse et présente un exemple concret sur la manière dont la recherche est en mesure d’influencer la politique publique.
Dans son article original, Kirolos Eskandar fait part aux lecteurs et lectrices de ses découvertes concernant l’interaction entre l’épigénétique et les troubles du comportement. Dans sa revue littéraire, il s’interroge sur la manière dont les facteurs épigénétiques sont liés à l’apparition de certains troubles psychiques et peuvent les conditionner. En reliant l’épigénétique et l’expérience de la petite enfance ainsi que l’héritage intergénérationnel, il met en évidence l’intégration prometteuse de la recherche épigénétique en psychiatrie et en psychothérapie pour des méthodes de traitement modernes.
Dans la rubrique «Contributions à la discussion», Kurt Greiner répond aux répliques de Jürgen Kriz et Gerhard Burda concernant son article paru dans le Vol. 14/1 «La psychothérapie, médecine textuelle. Essai sur un paradigme fonctionnel général». Sa réponse a pour objectif de dissiper les malentendus concernant sa conception de la psychothérapie comme médecine textuelle au sein des répliques mentionnées.
Dans son article de discussion, Gerhard Burda présente une dissertation sur le terme de science de la psychothérapie ainsi que des réflexions personnelles sur sa classification scientifique.
Quant à Mario Schlegel, il avance dans son article de plaidoyer une différence fondamentale entre la science de la psychothérapie et la psychologie et tente d’établir un pont entre ces deux domaines.
Pour leur propre compte, Peter Schulthess et Mario Schlegel, tous deux cofondateurs de la revue Science Psychothérapeutique, s’adressent directement aux lecteurs et lectrices pour leur proposer une rétrospective de la revue avant de rendre hommage à l’engagement sans borne de nombreux et nombreuses auteur(e)s qui ont permis à la revue au fil des ans de devenir ce qu’elle est aujourd’hui.
Pour finir, les lecteurs et lectrices intéressé(e)s trouveront des critiques de livres récemment publiés en allemand par les auteurs Eva Kaul et Markus Fischer, Ingrid Riedel et Paolo Raile, ainsi que d’un volume plus ancien en italien de Giacomo Rizzolati et Corrado Sinigaglia, un livre important aux yeux de l’équipe de rédaction et qui ne doit pas tomber dans l’oubli.
Nous vous souhaitons une lecture inspirante !
Lea-Sophie Richter & Mara Foppoli