High resolution psychotherapy research par l’analyse de processus guidée par l’IA

Un changement de paradigme dans la recherche en psychothérapie

Martin Steppan & Marc Birkhölzer

Psychotherapie-Wissenschaft 15 (1) 2025 39–40

www.psychotherapie-wissenschaft.info

CC BY-NC-ND

https://doi.org/10.30820/1664-9583-2025-1-39

Mots clés : intelligence artificielle, épistémologie, reconnaissance des émotions, traitement des données affectives, surveillance clinique, psychothérapie, psychiatrie, nouvelles méthodes

La recherche moderne en psychothérapie est en passe de connaître un changement de paradigme important grâce à l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA). Les anciennes méthodes étaient basées sur l’analyse manuelle des expressions faciales et du langage corporel par des systèmes tels que le Facial Action Coding System (FACS) développé par Paul Ekman, qui prenaient beaucoup de temps et se limitaient à de courts extraits vidéo. L’IA moderne permet une saisie automatisée, multimodale et presque sans faille de la communication verbale et non verbale en temps réel, ce qui permet une documentation et une analyse complètes des séances thérapeutiques.

Ces technologies ouvrent de nouvelles portes, telles que l’analyse efficace de processus émotionnels entre le patient et son thérapeute, tout en imposant à la recherche de nouveaux défis en termes de protection des données, d’analyse des données et d’éthique. Comptent parmi les nouvelles méthodes la reconnaissance entièrement automatique des émotions qui a le potentiel de surpasser l’instinct humain sur le plan de la précision. Cette évolution pourrait révolutionner la formation et la supervision des thérapeutes grâce à un retour objectif sur les compétences thérapeutiques.

L’intégration de l’IA dans la psychothérapie entraîne néanmoins des défis éthiques et de protection des données. La protection de données thérapeutiques sensibles et l’assurance du secret professionnel en sont les facteurs centraux. Pour trouver un équilibre entre les avancées technologiques et la protection de la vie privée des patients, il convient d’adopter de nouvelles normes et de continuellement adapter les conditions cadres juridiques.

L’intégration de l’IA dans la recherche psychothérapeutique requiert également le développement de nouvelles approches méthodiques semblables au passage des études génétiques traditionnelles aux études d’association pangénomique (GWAS) en génétique. Comme pour les GWAS, où l’analyse de l’ensemble du génome se fait sans hypothèses préalables, la High Resolution Psychotherapy permet une analyse complète des données, mais avec la « malédiction de la dimensionnalité ». Issu de la recherche du Big-Data, ce terme décrit les problèmes rencontrés quand le nombre de variables dépasse le nombre de constatations, ce qui peut conduire à une suradaptation et à la perte de l’interprétabilité des modèles. C’est pourquoi il est indispensable d’intégrer de nouvelles méthodes de réduction des données ainsi que des approches de modelage efficaces et d’adapter les techniques statistiques pour assurer l’utilité des analyses guidées par l’IA en psychothérapie.

Globalement, la recherche en psychothérapie guidée par l’IA constitue un véritable progrès puisqu’elle permet d’analyser et de comprendre plus précisément les processus thérapeutiques. Ce progrès doit cependant être minutieusement mis en balance avec les principes de base de la psychothérapie, à savoir la confiance et l’humanité.

Note biographique

Martin Steppan a étudié la psychologie (avec pharmacie comme matière secondaire). Il a obtenu son doctorat à l’université d’Innsbruck sur les addictions et à l’université de St Andrews sur la génétique du comportement, en particulier sur l’influence de la puberté sur les troubles psychiques. Il a travaillé pendant de nombreuses années à l’Institut de recherche thérapeutique IFT de Munich ainsi qu’aux Cliniques psychiatriques universitaires de Bâle, avec une spécialisation dans les troubles de la personnalité. Depuis 2021, il est Senior Research and Teaching Assistant à la Faculté de psychologie de l’Université de Bâle, où il enseigne la méthodologie de la recherche aux psychologues. Il présente un intérêt particulier pour les innovations méthodiques, notamment dans le secteur du diagnostic psychologique et de la recherche en psychothérapie. Il travaille donc à de nouvelles approches tendant à une analyse émotionnelle guidée par l’IA ainsi que sur des procédures psychométriques novatrices.

Marc Birkhölzer a étudié la médecine à Gießen et vit depuis 2013 en Suisse. Il effectue depuis 2010 des recherches sur les troubles de la personnalité chez les adolescents, notamment sur la détection et l’intervention précoces. Il a suivi sa formation continue de psychothérapeute en thérapie systémique analytique pour enfants, adolescents et familles et est spécialiste en psychiatrie et psychothérapie pour enfants et adolescents. Depuis octobre 2021, il est médecin-chef du service ambulatoire de médecine légale pour mineurs (JAM) de la clinique de médecine légale, UPK Bâle, chef du groupe de recherche de l’étude EARLY et, depuis août 2023, membre de la direction de l’Institut de thérapie pour enfants, adolescents et familles (KIF) de Lucerne. Il s’intéresse particulièrement au développement personnel, l’adolescent, les comportements dissociaux et à l’étude du potentiel des substances psychoactives dans la psychothérapie.

Contact

martin.steppan@unibas.ch