Christian Wachter & Henriette Löffler-Stastka
Psychotherapie-Wissenschaft 15 (1) 2025 17–18
www.psychotherapie-wissenschaft.info
https://doi.org/10.30820/1664-9583-2025-1-17
Mots-clés : communication inconsciente/non verbale, affect, transmission/transmission des gènes, troubles de la petite enfance, exemple de cas de représentation relationnelle inconsciente
La communication non verbale et inconsciente font partie intégrante des interactions humaines et jouent un rôle prépondérant dans le traitement des troubles psychothérapeutiques. Les formes d’expression non verbale telles que les mimiques, la gestuelle, la posture, le contact visuel et les aspects vocaux (par ex. l’intonation, la vitesse d’élocution) sont souvent spontanées et inconscientes et permettent de plonger en profondeur dans l’univers émotionnel et affectif de son interlocuteur. Lire ces formes d’expression permet de prendre conscience d’expériences affectives inconscientes, ce qui est d’une importance capitale dans les thérapies psychologiques/psychodynamiques profondes et psychanalytiques, afin de pouvoir reconnaître, modifier et réévaluer les expériences relationnelles précoces représentées de manière inconsciente, ce qui ne peut se produire qu’à travers une multitude d’échanges inter- et intrapsychiques, en observant attentivement la dynamique du transfert et du contre-transfert. Pour ce faire, une working alliance entre le ou la thérapeute et son ou sa patient(e) est tout aussi primordiale que la relation du ou de la thérapeute avec son propre inconscient et une disposition du ou de la patient(e) à entrer en contact avec ses propres parties inconscientes. Dans ce contexte, nous renvoyons à Steimer-Krause Transfert, affect et relation (1996) et à Jung La psychologie du transfert (1946), ainsi qu’à des recherches modernes et empiriques comme Baenninger-Huber & Peham (2009), Philippot et al. (2003), Leuzinger-Bohleber & Fischmann (2006) et Holzweber et al. (2024). Nous aborderons également une étude de MedUni Wien (Datz et al., 2019) qui confirme l’hypothèse selon laquelle le fait de nommer (et d’interpréter) les expériences affectives négatives par le ou la thérapeute peut renforcer la working alliance et conduire à un cadre thérapeutique stable.
Afin de pouvoir décrire et comprendre la dynamique de transfert et de contre-transfert ou les différents processus d’échange entre le ou la thérapeute et son ou sa patient(e), nous nous pencherons sur différents concepts théoriques issus de différentes orientations, qui sont également intéressants au regard de l’étude de cas. Pour ce faire, nous aborderons Jung et son interprétation de l’alchimie comme métaphore du processus psychothérapeutique ainsi que ce qu’il décrit comme participation mystique (1944). Nous ne manquerons pas non plus d’évoquer Klein et l’identification projective (1962/2016), Bion et la fonction alpha (1965/2016), Ogden et le mode autistique-touchant (1989/1995) et Green et la fonction de désobjectalisation (2001).
Nous analyserons ensuite les psychopathologies possibles qui peuvent influencer négativement l’entrée en relation de deux individus ainsi que la relation avec son propre inconscient et les structures psychiques pouvant résulter d’expériences relationnelles déficitaires et problématiques dans la petite enfance (Fuchshuber et al., 2024a, b). Le travail thérapeutique vise à ramener au niveau du conscient les souvenirs procéduraux inconscients et à leur donner une signification/un sens par un travail répété dans la situation de transfert ou de contre-transfert (cf. Parth et al., 2019 ; aperçu dans Parth et al., 2017) et de les attribuer au domaine du soi ou de l’objet. Cette approche permet de modifier ces représentations relationnelles problématiques et inconscientes et d’apaiser durablement la souffrances des individus atteints de troubles psychiques graves (cf. Eubanks et al., 2018).
L’exemple suivant aborde le cas de Frankie, un homme âgé de 22 ans, qui suit une thérapie en raison de phases sévèrement dépressives et d’un manque de perspectives. Il a des antécédents d’hospitalisation en psychiatrie et de thérapies interrompues. Les premières séances mettent à jour sa nervosité, son grand manque de confiance en lui, son désespoir ainsi que des sentiments de dégoût qu’il projette sur le thérapeute et qui l’assaillent également de leur véhémence et de leur inconscience. Cette dynamique inconsciente de transfert et de contre-transfert peut être thématisée et explorée en la nommant prudemment après d’intenses processus d’échanges intrapsychiques de la part du thérapeute, ce qui permet, dans la suite de la thérapie non décrite ici, de modifier les expériences relationnelles représentées de manière inconsciente et de conduire ainsi à une amélioration durable de la souffrance du patient. Dans la description des 3e, 22e et 23e heures, l’accent est mis d’une part sur la psychodynamique et la situation (difficile) de transfert ou de contre-transfert, et d’autre part sur les processus de communication ou d’échange intrapsychiques intenses qui doivent avoir lieu (cf. Eubanks et al., 2018) avant qu’une intervention judicieuse et thérapeutique puisse être mise en place.
Note biographique
Mag. Christian Wachter est psychothérapeute, analyste selon C. G. Jung (ÖGAP) en cabinet libéral à Vienne et secrétaire de la société faîtière de psychanalyse des profondeurs (tpd).
Univ. Prof. Priv. Doz. Dr. med. univ. Henriette Löffler-Stastka est médecin spécialiste en psychiatrie et médecine psychothérapeutique, psychanalyste (WPV/IPA), thérapeute formatrice (psychothérapie d’orientation psychanalytique) et thérapeute formatrice TFP. Elle est professeur d’université à la Clinique de psychanalyse et de psychothérapie, Université de médecine de Vienne, directrice du curriculum pour les cours universitaires | programmes post-universitaires, présidente de la section psychothérapie de la Société autrichienne de psychiatrie, psychothérapie, psychosomatique (ÖGPP), présidente de la Société faîtière de psychanalyse des profondeurs (tpd) et directrice du cours universitaire de recherche en psychothérapie.
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